Le culte de Paul Mukendi ou le triomphe du repli identitaire

Au moment d'écrire ces lignes, le pasteur Paul Mukendi fait encore la une des journaux de Québec. Il semblerait qu'il dirige un culte dans son église Parole de Vie avec bien plus que 25 personnes à l'intérieur, soit le maximum permis par la loi en ces temps de pandémie. M. Mukendi a défrayé les manchettes plusieurs fois dans les dernières années. Il a été reconnu coupable d'agressions sexuelles répétées sur une mineure. Deux autres présumées victimes du pasteur auto-proclamé attendent de témoigner dans un procès à venir pour les mêmes chefs d'accusation. Dans un tout autre dossier, M. Mukendi est aussi en attente de procès pour fraude et évasion fiscale.

 

Il fallait s'y attendre, le pasteur charismatique nie tout. Et ses fidèles, en bons chrétiens, le suivent malgré tout. Mais comment un homme aussi immoral peut-il être le guide spirituel d'autant de personnes? Avec mon expérience dans les églises évangéliques, je comprends l'ascendant que M. Mukendi a sur ses fidèles, loyaux en tout malgré les frasques de leur pasteur.

 

Tout d'abord, beaucoup d'immigrants issus de pays conservateurs constatent le relâchement des valeurs traditionnelles au Québec. Ils voient le mariage homosexuel, l'union de fait, l'avortement, le divorce et la séparation ainsi que l'aide médicale à mourir comme des affronts à la famille et à Dieu. Les valeurs de gauche de la société québécoise heurtent bon nombre de nouveaux arrivants pour qui la hiérarchisation familiale, la prépondérance de la religion et le droit à la vie sont sacrées. Ces immigrants viennent chercher au Québec un diplôme, un bon emploi et une sécurité physique et financière. Ils conservent leur culture d'origine et leurs valeurs religieuses. Pour eux, l'Église évangélique est une continuité de la vie qu'ils avaient en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie. En s'assemblant avec d'autres personnes conservatrices, ils ressentent un sentiment d'apaisement face à l'insécurité que génère le déménagement dans un pays aux valeurs progressistes.

 

Le choc des valeurs est d'autant plus atténué que la plupart des églises évangéliques sont formées de ressortissants d'un même pays. En rencontrant des immigrants arrivés depuis longtemps, les nouveaux arrivants apprennent comment fonctionne la société québécoise avec l'aide de personnes déjà intégrées. L'église devient donc paradoxalement un instrument d'intégration pour plusieurs immigrants qui parlent peu ou pas français et qui ne connaissent pas la culture québécoise avant leur arrivée. Par contre, dans certaines églises anglophones, on montre à l'immigrant récent à s'intégrer à la minorité anglophone, ce qui crée un conflit avec la société d'accueil francophone. Reste que si l'immigrant ne se trouve pas d'emploi, il a peu de chances de rencontrer des Québécois de souche s'il ne fréquente que des fidèles issus de son assemblée.

 

Mais revenons à Paul Mukendi. Malgré les lourdes accusations qui pèsent contre lui et sa culpabilité reconnue dans une sordide histoire d’agressions sexuelles répétées, le pasteur, avec son charisme et son argent, réussit à réunir encore autour de lui des dizaines, voire des centaines de fidèles subjugués par son pouvoir. M. Mukendi fait de chaque culte un spectacle sensationnaliste avec des miracles garantis, un parler en langues incohérent mais impressionnant et une prédication autoritaire et riche en émotions. Ses disciples, ébranlés par une méconnaissance de la société d’accueil et une certaine méfiance à son endroit, voient en Paul Mukendi un homme fort et sûr de lui, un gage de sécurité qui leur rappelle leur pays d’origine avec ses coutumes et sa religion. C’est ainsi que les croyants sont attirés par le culte de la personnalité que se porte le pasteur auto-proclamé et qu’ils versent bien plus que 10% de leurs revenus à cet homme cupide. 

 

En somme, le pasteur Paul Mukendi utilise les insécurités psychologiques de personnes vulnérables pour se créer une communauté d’admirateurs loyaux en toutes circonstances dont il contrôle les choix de vie et dont il soutire beaucoup d’argent. Le fait d’adhérer à cette église peut être une façon d’entamer un processus d’intégration, mais, paradoxalement, c’est aussi un refus de l’intégration et un repli identitaire. Il est temps que la société québécoise s’attarde à la lourde tâche de faire de l’intégration des immigrants son cheval de bataille pour éviter que des situations comme celles de Paul Mukendi et son église deviennent légion. Les lieux de culte non catholiques sont souvent des lieux de repli identitaire au Québec. Ils empêchent le nouvel arrivant de vraiment goûter aux joies de notre belle culture et d’y adhérer pleinement.

 

 

 

Blogueuse en folie

Écrit par : Blogueuse en folie

Catégorie de l'article : religion

Mise en ligne le : 2020-12-30 16:43:55

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