Pourquoi je me suis déconvertie de la religion évangélique

Dans un précédent article, j'ai écrit trente-cinq idées irréalistes véhiculées par les évangéliques. Par contre, je n'ai pas expliqué pourquoi je me suis déconvertie. Je raconterai donc comment, à l'âge de vingt ans, j'ai décidé de devenir baptiste évangélique et pourquoi, huit ans plus tard, j'ai choisi de quitter le mouvement évangélique.


 

Je viens de l'Église Unie du Canada. Au cégep, j'ai rencontré une collègue de classe qui m'a parlé d'une de ses amies, protestante comme moi. À l'époque, je croyais que tous les protestants étaient ouverts d'esprit et respectueux comme l'étaient les membres de mon église. J'ai donc accepté de visiter l'église baptiste évangélique de cette amie. J'ai tout de suite apprécié le contact, l'amitié entre les membres, dont beaucoup avaient environ mon âge. Comme il n'y avait pas de jeunes adultes à mon église, j'ai progressivement quitté ma congrégation pour la sienne. Je n'aimais pas ses idées rétrogrades sur la place des femmes et le mépris des homosexuels, mais je me sentais acceptée dans son groupe. Comme mon but premier était de me faire des amis chrétiens, j'ai adhéré à cette église. Aujourd'hui, je me rends compte que j'étais naïve et désespérée. Une personne confiante en ses moyens ne se greffe pas à un groupe irrespectueux, mais comme je souffrais de ma solitude, c'est ce qui est arrivé. Pour plaire à mes nouveaux amis, j'ai changé toute ma façon de penser et de faire. D'ouverte d'esprit et respectueuse que j'étais, je suis devenue intransigeante, homophobe, doctrinaire et sexiste. À l'église, j'étais valorisée pour mes nouvelles positions discriminatoires et mon mépris de tout ce qui n'était pas évangélique. Je me sentais aimée et acceptée, et c'est tout ce qui comptait pour moi à ce moment-là.


 

Je me suis rapidement fait de bonnes amies. Je faisais partie d'une gang de cinq jeunes femmes et d'une autre gang de trois jeunes femmes. Je fréquentais également deux autres amies que je voyais seule à seule. J'étais enfin populaire, moi qui en rêvais depuis tellement longtemps. Pendant sept ans, je suis allée à la pêche, j'ai magasiné, je suis allée au cinéma, j'ai joué à des jeux de société, j'ai discuté longuement, je suis allée à la plage et j'ai fait un tas de choses que je n'aurais pas fait autrement. Chaque dimanche, après l'église, je mangeais en compagnie de mes nouveaux amis et je faisais ensuite une activité de groupe avec eux.


 

Mais peu à peu, j'ai vu le vrai visage de l'église baptiste évangélique, elle qui se prétend régénérée, née de nouveau. Par trois fois, un homme de l'église a trompé sa femme. Les deux premières fois, le couple a dû avouer son péché devant toute l'assemblée, soit environ 350 personnes. Le pasteur, au nom des membres de l'église, a pardonné aux deux hommes humiliés devant toute l'assemblée. La troisième fois, la femme a apporté des preuves de l'infidélité de son mari au pasteur dans un entretien privé. Ce dernier a convoqué une réunion avec les anciens, c'est-à-dire les autres dirigeants de l'église. Ils ont crié après le jeune homme pendant une heure pour ensuite donner leur verdict : la femme avait le droit de demander le divorce. Notez bien que dans les trois cas, c'est le comité des anciens qui a décidé si la femme pouvait ou non quitter son mari. J'ai été choquée par la propension de l'église à se mêler de la vie privée de ses membres. Je me suis rendu compte que le contrôle exercé sur la communauté pour bien se comporter était excessif. Le pasteur demandait une stricte obéissance à ses enseignements, sinon il punissait les membres fautifs.


 

Mais ça ne s'arrête pas là. Au fil du temps, j'ai constaté une haine injustifiée envers les minorités sexuelles. En public, la position de l'église est équivoque : les évangéliques aiment les homosexuels et autres membres de la communauté LGBT+, mais ils n'aiment pas leur soi-disant péché d'homosexualité. Dans les faits, quand les évangéliques se retrouvent en petits cercles fermés, ils n'hésitent pas à traiter les gens dont la sexualité est différente de « pervers » et de « dégoûtants ». On cite même l'Ancien Testament pour justifier cette discrimination : les gais mériteraient d'être lapidés, toujours selon les évangéliques. Dans les églises, on enseigne que les gais choisissent leur orientation sexuelle et qu'ils sont responsables du mépris des conservateurs religieux à leur égard. Pire encore, un jeune homme de mon assemblée a été excommunié pour avoir refusé d'entamer une thérapie de conversion. Cette pratique d'un autre âge consiste à exorciser les tendances homosexuelles des gais et lesbiennes en faisant sortir le « démon de la perversité » en eux à grands coups de prières et d'impositions des mains. Le jeune homme en question a été très blessé par l'attitude du pasteur dans cette situation, et par ricochet, moi aussi.


 

Évidemment, l'église s'immisce également dans le portefeuille du croyant. Chaque membre qui perçoit un salaire doit garder le minimum pour vivre et donner tout l'excédentaire à l'église ou à des organismes de charité chrétiens. Les églises évangéliques affirment que le Royaume de Dieu n'est pas de ce monde, mais elles affirment aussi qu'il est à la fois obligatoire et volontaire de donner des centaines, des milliers, voire des dizaines de milliers de dollars à l'église à chaque année. Les dons des personnes fortunées peuvent même se chiffrer en millions de dollars. L'église enseigne que c'est un devoir moral de donner beaucoup d'argent, mais en même temps qu'il s'agit d'un geste volontaire. Or, une telle contradiction s'explique difficilement. L'église presse ses membres de donner abondamment en exerçant sur eux une grande pression psychologique, puis en disant que les donateurs sont libres d'agir à leur guise. En matière d'hypocrisie, on ne peut pas faire mieux. Bref, l'église est rusée et cupide. Et je l'ai vécu moi-même : un membre de mon église a découvert que je ne donnais pas un cent. Il s'est emporté devant notre groupe d'amis en me criant que je devais donner même si je n'en avais pas les moyens. Sur le coup, je me suis sentie humiliée et honteuse. J'ai par la suite donné parce qu'une culpabilité grandissante sévissait en moi.


 

Effectivement, en ce qui concerne le droit au respect et à la dignité humaine, l'église évangélique ne mérite pas d'être saluée. Les enfants baptistes évangéliques grandissent dans la peur d'un Dieu qui les enverra assurément en enfer s'ils ne croient pas en Jésus. On leur apprend qu'ils sont fondamentalement mauvais, totalement corrompus, incapables de faire le bien et essentiellement pécheurs. Leur seule porte de sortie serait le sacrifice de Jésus sur la croix, s'ils y croient. Les enfants développent donc une faible estime d'eux-mêmes et un terrible sentiment de culpabilité. On leur enseigne que pour chaque mauvaise action, ils méritent de brûler en enfer pour l'éternité. On leur raconte même que tous les péchés s'équivalent. Voler cinq cents ou voler cinq millions, c'est du pareil au même. Voler un riche ou voler un pauvre, c'est la même chose. Tuer quelqu'un de sang froid ou froisser légèrement quelqu'un, c'est identique. Pécher par exprès ou sans s'en rendre compte revient au même, toujours selon les évangéliques. L'enfant finit par conclure que les nuances et le contexte relèvent du facultatif. On enseigne même dans les églises que Dieu fonctionne selon un mode de pensée binaire : les bons sont les chrétiens qui vont au ciel et les mauvais sont les non chrétiens qui vont en enfer. En me convertissant au christianisme évangélique, j'ai intégré cette pensée exacte : je suis une moins-que-rien. En étant baptiste, j'avais constamment le sentiment de ne pas être à la hauteur, et pour cause : on me répétait à chaque dimanche que j'étais une pécheresse rebelle à Dieu, que j'étais née ainsi et que je le resterais pour le reste de ma vie. Après des années à entendre cette violence psychologique, j'en ai eu marre et j'ai pris mes distances par rapport aux églises évangéliques.


 

Mais ce qui a vraiment donné le coup d'envoi à ma déconversion, c'est le cas de Claude Guillot. L'homme est un ancien pasteur d'une assemblée de l'Association des églises baptistes évangéliques au Québec. Il est présentement emprisonné après avoir été reconnu coupable de voies de fait graves sur des enfants dans les années 1980. Dans les faits, M. Guillot enseignait dans une école primaire évangélique clandestine comme il y en avait plusieurs à cette époque au Québec. Il torturait les enfants et les empêchait d'en parler. L'Association n'a jamais levé le petit doigt pour faire cesser les agissements criminels de M. Guillot. Les rumeurs allaient bon train, mais l'Association n'a jamais vérifié les allégations de maltraitance à l'endroit des enfants. L'Association ne voulait pas savoir même si elle pouvait le faire. Évidemment, je n'ai jamais entendu parler de ce pasteur à l'église. Mais dans les médias, les journalistes en ont fait leurs choux gras. J'ai alors posé des questions aux nombreux membres de l'église, allant du pasteur en chef au simple adhérent. Tout le monde, sans exception, a pris la défense du pasteur Guillot : « Les médias ont monté cette histoire en épingle », m'assurait un pasteur pour adolescents. « Frapper un enfant est tout à fait normal. Je frappe les miens pour la gloire de Dieu » me racontait une jeune mère. « Les écoles évangéliques clandestines n'ont rien à se reprocher, le mal vient plutôt des médias de gauche qui tentent de discréditer les baptistes et leur discipline de fer », m'expliquait une amie issue elle-même d'une église évangélique clandestine. « Satan nous attaque », ai-je entendu à plusieurs reprises. Personne ne dénonçait les activités illégales du pasteur Guillot et personne ne dénonçait la violence faite aux enfants en général. J'ai eu beaucoup de peine pour les enfants battus par le pasteur Guillot. La réaction des autres membres de l'église face à cette nouvelle m'a encore plus attristée.


 

J'ai alors commencé à poser des questions sur le sens de la vie chrétienne et les raisons qui ont poussé les auteurs de la Bible à écrire des versets violents, homophobes et misogynes. La même réponse revenait sans cesse : Dieu est saint. Les femmes doivent être soumises à leur mari parce que Dieu est saint, les homosexuels méritent d'être lapidés parce que Dieu est saint, les Amalécites doivent être exterminés parce que Dieu est saint, les esclaves méritent d'être battus par leur maître parce que Dieu est saint, les sorcières méritent d'être noyées parce que Dieu est saint, les femmes qui se mêlent d'un duel entre deux hommes méritent de se faire couper la main parce que Dieu est saint, etc. J'en ai déduit qu'il n'y avait pas de bonnes réponses à mes questions. 


 

Déjà ébranlée, j'ai appris, au détour d'une conversation avec une amie, que mes meilleures amies parlaient dans mon dos. Le péché de commérage étant interdit dans l'église, mes soi-disant amies profitaient de réunions de prières pour parler en mal de moi. Malheureusement, je n'en ai pas été étonnée. Ces jeunes femmes disaient du mal de plusieurs personnes pour des raisons futiles du genre :«Unetelle ne peut pas être une vraie chrétienne, elle se maquille trop. » Ou alors : «Untel ne peut pas être un vrai chrétien, il a voté pour le Nouveau Parti démocratique (NPD).» Au bout du compte, j'ai découvert que la plupart de mes amies disaient du mal de moi quand je n'étais pas là. Moi qui étais entrée dans le mouvement évangélique pour me faire des amis, j'ai compris que mon église était en fait un nid d'hypocrites. Je me suis sentie tellement trahie par les baptistes évangéliques! Eux qui étaient censés couvrir le monde de leur amour, ils détruisaient les gens qui leur faisaient confiance. 


 

À cette époque, une dizaine de jeunes adultes de ma connaissance ont quitté les bancs de l'église baptiste évangélique. Le pasteur pour jeunes adultes, en colère, nous a rassemblés en cercle autour de lui, ce qu'il ne faisait que pour les grandes occasions. Il a alors menacé ceux qui quittent de malheur ici-bas et dans l'au-delà. « Vous allez perdre toutes vos bénédictions et vous irez en enfer », nous a-t-il prêché sur un ton solennel. Je me souviendrai de ce moment-là toute ma vie. Je me suis dit « Ah! Mais je suis dans une secte! » J'ai décidé de changer d'église quelques semaines plus tard. 


 

J'ai fréquenté une église pentecôtiste pendant un an. Le pasteur et les membres étaient plus accueillants et plus ouverts aux non évangéliques, mais la même menace d'aller en enfer planait. On nous disait : « Crois ou meurs! » Tranquillement, je me suis détachée de toutes les croyances évangéliques, si bien qu'aujourd'hui, quatre ans plus tard, je ne crois presque plus rien de ce que m'ont appris les baptistes pendant sept ans. J'ai réussi à me faire des amis par moi-même, sans passer par un groupe. Je fréquente une église anglicane qui enseigne l'amour du prochain. Je suis heureuse et je vole de mes propres ailes. Amen.


 

Voici le lien de mon précédent article : https://www.lesmotsenfolie.ca/article?id=1

Blogueuse en folie

Écrit par : Blogueuse en folie

Catégorie de l'article : religion

Mise en ligne le : 2020-11-11 12:54:57

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