Les immigrants sont-ils responsables de la pénurie de logements?
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Les immigrants sont-ils responsables de la pénurie de logements?

Au Québec, en ce moment, le taux d'inoccupation des logements est de moins de 3%. La rareté des appartements à louer fait en sorte que le prix des loyers grimpe en flèche. Cette situation déplorable est due, entre autres raisons, à la hausse de l'immigration. Or, il n'en fallait pas plus pour que certains citoyens québécois blâment les immigrants pour l'augmentation du prix des logements. Ce raccourci fallacieux est tout simplement raciste. Voici pourquoi.

Pour comprendre la situation actuelle du prix faramineux des logements, il faut remonter à une trentaine d'années en arrière. À l'époque, il était prévisible et même incontournable que les Baby-Boomers au Canada vieilliraient et que, ce faisant, ils auraient de plus en plus besoin de soins de santé spécialisés. Pour compenser le défi démographique imminent, le gouvernement fédéral a décidé de se tourner vers une avenue conséquente : l'augmentation de l'immigration. L'idée est loin d'être nouvelle au Canada, le pays s'étant bâti par de nombreuses vagues successives d'immigrants depuis l'arrivée des premiers Européens. Augmenter la population des moins de quarante ans au Canada, vu le taux très bas de fécondité, s'avérait une solution juste et efficace. Depuis 2002, avec sa nouvelle loi sur l'immigration, le Canada mise sur des personnes francophones et anglophones scolarisées et en bonne santé pour occuper les divers emplois vacants. La pandémie de Covid-19 n'aura fait qu'accélérer une situation déjà précaire.

Or, qui dit «arrivée massive de population» dit «besoin massif de logements». Les différents gouvernements qui se sont succédé au Canada et au Québec depuis trente ans ont tous bien planifié : pour contrer le vieillissement de la population, ils ont prévu l'arrivée de nombreux travailleurs et travailleuses pour palier un manque criant de main-d’œuvre. Ce qu'ils n'ont pas fait, par contre, c'est prévoir assez d'appartements pour loger tous ces nouveaux arrivants. Puisque l'habitation est une compétence partagée entre Québec et Ottawa, les deux paliers de gouvernement se sont renvoyé la balle pour, au final, ne rien faire. Ils se retrouvent donc en ce moment même en situation d'urgence. Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a voulu imposer un plafond fixe de paiement de loyer, mais le premier ministre québécois François Legault s'y est opposé pour des raisons idéologiques (et pour soutenir sa ministre des Affaires municipales, dont l'énorme conflit d'intérêts dont elle fait l'objet sera abordé dans un article ultérieur) en prétextant que le logement est une compétence provinciale, ce qui n'est pas tout à fait vrai, puisqu'il s'agit également d'une compétence fédérale. Au final, M. Trudeau voulait simplement aider les personnes les plus démunies, et M. Legault, par excès de zèle autonomiste, s'est retrouvé à empêcher le gouvernement fédéral d'aider la population québécoise.

Le grand responsable dans cette triste histoire de hausse fulgurante du coût du loyer, c'est notre cher premier ministre François Legault qui, pour des raisons nébuleuses, refuse de venir en aide aux personnes à faible revenu. Voyant que son équipe baisse drastiquement dans les sondages, le gouvernement québécois a décidé tout d'un coup de débloquer une importante enveloppe budgétaire pour éviter que de nombreux Québécois se retrouvent à la rue le premier juillet prochain, une approche qui ne résout pas du tout le vrai problème : le coût des loyers est devenu beaucoup trop élevé pour une personne seule ou une famille monoparentale, à moins de faire partie des privilégiés qui gagnent plus de 100 000$ par année. La ministre des Affaires municipales Andrée Laforest disait jusqu'à tout récemment qu'il n'y avait pas de pénurie de logements abordables au Québec, malgré les divers reportages de la Presse, du Devoir, du Journal de Montréal et du Journal de Québec à ce sujet. Le déni politique de l'équipe caquiste a perduré jusqu'à ce que les ministres se rendent compte que les eaux tumultueuses de l'opinion publique faisaient tanguer le navire caquiste. Alors, à ce moment-là, et seulement à ce moment-là, le vent a tourné et la pénurie de logements est devenue réalité. Superbe spectacle politique de girouettes!

Blague à part, la situation préoccupante de la pénurie de logements abordables au Québec aurait pu être évitée si Québec et Ottawa s'étaient mis d'accord sur un chantier massif de construction de logements à prix raisonnables. Mais les gouvernements ont préféré jouer du coude et, au final, ignorer les besoins de la population. Si MM. Trudeau et Legault sont aujourd'hui en baisse dans les sondages, c'est beaucoup à cause de leur manque flagrant de savoir-faire en matière de gestion municipale. Ce n'est pourtant pas sorcier, s'il fallait assurément augmenter la population de jeunes au Canada et au Québec, il fallait tout aussi assurément la loger. Les gouvernements successifs à Québec et à Ottawa ont éludé la question, préférant attendre l'état d'urgence pour agir. Pendant ce temps, partout au Canada, on entend des citoyens se plaindre des immigrants comme si nos nouveaux voisins congolais, algériens ou français étaient responsables des mauvaises décisions des gouvernements canadien et québécois depuis trente ans, un non-sens absolu. Voilà pourquoi blâmer les immigrants récents pour un problème canadien de longue date est tout simplement raciste.



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